Atlas Subjectif du Discours Anthropocène
La forêt de Data : les 100 occurences les plus représentées sur les 5,4 Millions de mots étudiés
Les recherches de l’ING s’inscrivent dans la continuité des travaux engagés dès septembre 2022 autour des discours écologiques contemporains. Ces travaux s’inspirent notamment des écrits du politologue John S. Dryzek qui, dans son ouvrage The Politics of the Earth, a étudié les grands récits qui structurent les politiques environnementales contemporaines.
Pour constituer ce champ d’étude, des mots ont été collectés à partir d’articles de presse, de blogs et de réseaux sociaux, privilégiés comme terrain d’observation en raison de la diversité des discours représentés, permettant d’accéder aussi bien à des prises de parole expertes qu’à des expressions plus spontanées et ordinaires.
À l’aide d’un logiciel de traitement du discours et d’une liste de 48 mots-clés* liés aux questions environnementales, un vaste corpus de 1 904 documents représentant plus de 5,4 millions de mots a été constitué. Cet ensemble, qu’ Erik Nati a baptisé « les forêts de datas », a constitué, entre 2022 et 2023, son principal terrain d’exploration scientifique.
Au sein de ces forêts, Erik Nati développe une méthode inspirée de l’entomologie (étude des insectes). Les mots sont prélevés, extraits de leur contexte puis observés comme des spécimens. Leur classement ne repose pas sur leur forme mais sur leur sens. Grâce à une grille composée de 26 catégories croisant champs lexicaux et traits sémantiques, les mots sont regroupés en différentes «espèces discursives », chacune présentée dans une boîte d’entomologiste.
Avant même la création de l’ING en 2024, le gardien s’impose en tant qu’instrument de mesure et de représentation des manifestations discursives mise en jeu dans l’ASDA. Ses caractéristiques expressives peuvent être interprétées comme des états ou des comportements du corps face aux transformations environnementales : barrage, lutte, réparation, ... . L'individu devient une figure de médiation entre les concepts linguistiques et leur traduction sensible dans le monde vécu. Le gardien apparaît alors comme une figure intermédiaire entre les discours et leur mise en expérience. Par son corps, il rend visibles les tensions qui traversent le langage environnemental : entre résistance et acceptation, entre action collective et régulation institutionnelle, entre engagement militant et transformation durable. Ces expériences menée in silico souligne ainsi que l'adaptation n'est pas seulement un ensemble de concepts ou de politiques publiques, mais également une expérience vécue qui engage les corps, les comportements et les imaginaires.
* Liste des 48 mots clés à l'origine du corpus de l'ASDA : activisme, adaptation, animal, anthropocène, biologique, capitalisme, carbone, catastrophisme, changement, citoyen, climat, COP, critique, croissance, décroissance, défense, durable, dystopie, écologie, effondrement, énergie, environnement, expertise, finitude, fossile, gaz, GIEC, imaginaire, marchandisation, industrie, limite, lutte, nucléaire, pétrole, planète, poésie, politique, radical, réchauffement, sobriété, solution, taxe, technologie, temporalité, transformation, transition, utopie, vivant.
Catégorie « Adaptation » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. DEM pour démesure (les prométhéens), MAR pour marchandisation (les marchands), DUR pour développement durable (les durables), TEC pour technologie (les modernes).
Catégorie « Vivant » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. DEM pour démesure (les prométhéens), ELI pour état limite (les alarmistes), TEC pour technologie (les modernes), CON pour conscience verte (les consciencieux).
Catégorie « Dystopie » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. DEM pour démesure (les prométhéens), ELI pour état limite (les alarmistes), QUI pour quidam (le peuple).
Catégorie « Nature humaine » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. DEM pour démesure (les prométhéens), QUI pour quidam (le peuple), CON pour conscience verte (les consciencieux).
Catégorie « Planète terre » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. DEM pour démesure (les prométhéens), ELI pour état limite (les alarmistes), CON pour conscience verte (les consciencieux).
Catégorie « Politique » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. EXP pour expertise (les experts), MAR pour marchandisation (les marchands), QUI pour quidam (le peuple), MIL pour militants (les activistes).
Catégorie « Solution » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. TEC pour technologie (les modernes), EXP pour expertise (les experts), MIL pour militants (les activistes), DUR pour développement durable (les durables), CON pour conscience verte (les consciencieux).
Catégorie « Temporalité » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. ELI pour état limite (les alarmistes), MAR pour marchandisation (les marchands), EXP pour expertise (les experts).
Catégorie « Transformation » de l’Atlas subjectif du discours anthropocène. TEC pour technologie, MIL pour militant (les activistes), DUR pour développement durable (les durables).